L'envol des prix de l'électricité irrite les  industriels 

Les plus gros industriels consommateurs d'électricité sont désormais autorisés à s'unir pour négocier avec les fournisseurs (EDF, Electrabel, SNET...) des contrats à long terme (quinze à vingt ans) leur assurant une stabilité des prix. Le décret permettant le lancement d'un tel dispositif, par ceux que l'on appelle les "électro-intensifs", figure au Journal officiel, vendredi 5 mai.
Cette publication intervient alors que la polémique enfle sur les hausses des tarifs de l'électricité qui peuvent frôler 100 % pour certaines PMI. Des industriels, naguère convertis aux bienfaits de l'ouverture du marché de l'énergie, trouvent aujourd'hui la note trop élevée.
Mardi 4 avril, le PDG d'EDF, Pierre Gadonneix, a été "attaqué" sur ce sujet par le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Pierre Méhaignerie (UMP). "Si des investissements majeurs ont été effectués dans le nucléaire, les industries françaises doivent pouvoir en tirer partie", a plaidé M. Méhaignerie. "Rien ne peut justifier qu'EDF aligne ses hausses sur celles des cours du pétrole."
UMP, UDF, PS ou PCF, tous les membres de la commission ont affiché, dans un communiqué commun, leur "préoccupation" face à une politique tarifaire qui, selon eux, compromet le maintien d'activités et d'emplois en France.
M. Méhaignerie demande aujourd'hui au ministre de l'économie, Thierry Breton, de prendre une décision sur les tarifs, "avant le 15 juin", pour inciter EDF et les autres fournisseurs à revoir leurs prétentions à la baisse. Si l'Etat (87 % du capital d'EDF) ne répond pas à l'inquiétude de ces PME, il menace de déposer une proposition de loi, avec le socialiste Henri Emmanuelli, pour plafonner ces hausses.
"Le gouvernement s'emploie à leur trouver des solutions", affirme le ministre délégué à l'industrie, François Loos, dans un entretien publié vendredi 5 mai par Le Parisien.
"Les tarifs ont augmenté de 97,6 % en trois ans", note Jean-Michel Soufflet, président du directoire du groupe agroalimentaire du même nom, qui a choisi les tarifs dérégulés il y a quelques années et Electrabel comme fournisseur.
"De 7,2 millions d'euros sur la campagne juillet 2003-juin 2004, ma facture va passer à 14,3 millions d'euros sur 2006-2007, calcule-t-il. C'est fou !" Pour le numéro un mondial de la malterie (2 100 salariés en France), l'énergie représente la moitié des coûts directs de production.
Chez l'équipementier automobile Cooper Standard (700 salariés à Vitré, Ille-et-Vilaine), la facture d'énergie va passer de 1,2 million à 2 millions d'euros. "La hausse va nous faire perdre 1 % de marge nette, alors que nous devons chaque année consentir une baisse des prix de 3 % à nos clients", calcule Gilles Guerin, le directeur de l'usine.
Ses coûts de main d'oeuvre sont plus élevés qu'en Europe de l'Est, et, pour rester compétitif, il doit gagner sur les processus de production en investissant dans des machines grandes consommatrices d'électricité. La volatilité des cours sur la Bourse de l'électricité Powernext est "incompatible" avec la visibilité dont les industriels ont besoin, conclut M. Guérin.
Aux députés, le patron d'EDF avait répondu que les entreprises ayant opté pour la liberté tarifaire "ont pu bénéficier de baisses de prix substantielles entre 2000 et 2002", liées aux surcapacités de production. Après son audition au Palais-Bourbon, M. Gadonneix a fourni un argumentaire détaillé. Le groupe public assure que le problème est limité. Sur ses 2 millions d'entreprises et de professionnels clients, seulement 1 000 ont abandonné le tarif fixé par l'Etat au profit du marché - dont 500 sont restés chez EDF.
Le groupe estime avoir fait un effort important en s'engageant à ce que le tarif régulé - 40 % moins élevé que les prix sur le marché au comptant, avance-t-il - n'augmente pas plus que l'inflation d'ici à 2010, même s'il s'y est résolu sous la pression du gouvernement.
Ses dirigeants ajoutent que les tarifs d'EDF sont de 20 % inférieurs à la moyenne européenne. Grâce à l'énergie nucléaire, soulignent-ils. Elle a aussi permis d'éliminer la volatilité des tarifs, le prix de revient du MW n'étant pas affecté par les fluctuations des cours du charbon, du gaz et du pétrole.
Le programme nucléaire ne servirait donc plus à rien ? Dans un entretien au Figaro, vendredi, M. Gadonneix répond que le nucléaire est "rentable" et compétitif par rapport aux autres sources d'énergie. "Le prix de revient de l'EPR de Flamanville (la centrale sera mise en service en 2012) a été fixé à 46 euros le MWh contre un prix de marché qui s'établit aujourd'hui à plus de 50 euros."
EDF rappelle que le vieillissement des centrales nucléaire et la hausse prévisible de la consommation d'électricité (1,5 % à 2 % par an d'ici à 2030) imposent des investissements massifs dans l'extension et le renouvellement du parc de production. Et qu'il doit répercuter ces coûts dans le prix de vente de l'électricité.
La démonstration ne convainc pas les chefs d'entreprise, qui s'interrogent sur la "spéculation effrénée" de ces derniers mois sur le marché de l'électricité, tandis que le renouvellement des centrales ne commencera qu'en 2020.


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